Futur

L’autonomie à votre service

Trent Victor, collaborateur visionnaire et érudit de Volvo Cars, nous parle de la psychologie de la conduite autonome et nous explique en quoi il peut être intéressant de s’attendre à l’inattendu.

"Attendez-vous à voyager comme en classe affaires"

La conduite autonome pourrait révolutionner notre rapport à la voiture. Les trajets quotidiens, par exemple, pourraient ressembler à ce que l'on vit en classe affaires, en avion, où l'on peut travailler ou faire toute autre chose dans son espace personnel sans se soucier du mode de transport.


Nos essais Drive Me, pour lesquels nous demandons à de vraies familles de prendre le volant de voitures autonomes, portent essentiellement sur les itinéraires de transit entre le bureau et la maison, car nous souhaitons étudier comment les utilisateurs interagissent avec leur véhicule autonome dans la vraie vie. Ces allers-retours, lors desquels la circulation est souvent lente, voire stationnaire, sont aussi ceux qui présentent le potentiel le plus intéressant pour faire d’un temps perdu un moment propice à la productivité ou à la détente. Nous voulons approfondir notre connaissance de ce qu’attendent nos clients d’une voiture qu’ils n’ont pas à conduire afin de leur proposer les services dont ils auront besoin pour mieux travailler ou se divertir.

 

"La conduite autonome annonce une transformation radicale des transports dans leur ensemble"

La relation entre les voitures autonomes et d’autres usagers de la route s’annonce passionnante. Pour les essais Drive Me, nous ne modifions pas l’apparence des véhicules car cela les mettrait trop en évidence, incitant les autres conducteurs à modifier leur comportement. L’idée est bel est bien d’observer la capacité des voitures autonomes à se fondre dans notre environnement quotidien. Ce que nous recherchons, ce sont les effets secondaires, les nouveaux risques encore difficiles à appréhender. S’attendre à l’inattendu est toujours intéressant.


Et puis il y a aussi des questions plus vastes, notamment sur la façon dont la conduite autonome va transformer radicalement les moyens de se déplacer dans leur ensemble. Elle pourrait réduire les besoins en places de stationnement, tandis que la montée en puissance du partage de voitures pourrait faire baisser le nombre de véhicules sur les routes. Cela ne viendrait que dans un second temps, mais nous devons y réfléchir dès maintenant. La bascule pourrait s’opérer très vite, peut-être même au moment où l’on s’y attend le moins : au début du XXe siècle, les pouvoirs publics en charge de l’aménagement urbain prévoyaient qu’une hausse exponentielle du nombre de chevaux irait de pair avec la croissance démographique. Puis la voiture est arrivée, bouleversant complètement la donne. Il pourrait en aller de même avec la conduite autonome. Et nous pensons que le changement serait extraordinairement positif, source de progrès considérables en matière de sécurité automobile, d’efficacité et de capacité de chacun à mieux gérer son temps.

"Les allers-retours entre le bureau et la maison sont ceux qui présentent le potentiel le plus intéressant pour faire d’un temps perdu un moment propice à la productivité ou à la détente."

 

TRENT VICTOR
Responsable technique senior, Prévention des accidents, Volvo Cars

"Une perspective inédite"

L’industrie automobile s'investit beaucoup dans la conduite autonome, mais nous empruntons délibérément une autre voie avec notre projet Drive Me. Ce projet est unique car il porte sur l’utilisation des voitures autonomes dans le monde réel. Autrement dit, il permettra de détecter les petits tracas du quotidien qui, aussi peu réjouissants soient-ils, devront être résolus en même temps que les gros. Comment s’assurer que les capteurs du véhicule restent propres sur des routes qui deviennent sales ? Comment faire pour que le matériel soit le plus efficace possible ? Ce ne sont certes pas des choses spectaculaires, mais elles ne doivent pas être négligées pour autant, et le projet Drive Me nous apporte un éclairage unique sur la manière dont les utilisateurs s’approprieront l’autonomie dans la vraie vie.


Nous appelons cette démarche le "développement de l’automatisation centré sur l’humain". Il suppose de mettre les hypothèses des concepteurs de la conduite autonome à l’épreuve. Il alimente la courbe d’apprentissage de ces derniers et l’optimise en fonction de ce que les utilisateurs peuvent faire, veulent faire et ont besoin de faire plutôt qu’en leur demandant d’adapter leur comportement. C’est une résolution des problèmes à plusieurs niveaux.

 

Baser notre manière de faire sur l’utilisateur nous pousse à nous intéresser à la dimension subjective autant qu’objective. Les expériences subjectives sont les opinions et la description du vécu. Les expériences objectives sont plutôt la manière dont on utilise l’espace intérieur, l’attention que l’on porte à la conduite, à quel point on effleure le volant ou les pédales ou quel devrait être le degré d’implication dans la conduite.

"Nous recherchons une solution qui convienne à tous"

Nous avons déjà beaucoup appris, et l’une de nos premières surprises a été de constater la grande diversité des réactions vis-à-vis de la conduite autonome. La variété des attitudes et du degré de confiance est très grande. Certains sont très hésitants, peu enclins à passer la main jusque dans les embouteillages, où la voiture sait pourtant se débrouiller toute seule. Mais le plus surprenant est peut-être le fait que certains sautent à bord et se montrent d’entrée trop confiants vis-à-vis du système, supposant qu’il sait en faire plus qu’il n’en est encore capable à ce stade. Ce grand écart dans les comportements met en lumière des défis très divers, et nous recherchons une solution qui puisse convenir à tous.

 

Le plus important est que tout soit prévisible, que l’on puisse savoir quand on a les choses en main et quand c’est le véhicule qui est aux commandes. Concernant l’automatisation sans supervision, pour laquelle on délègue les commandes au point de pouvoir faire autre chose tandis que le véhicule roule seul, nous devons veiller à ce que celui-ci soit prévisible. Il sera naturellement prudent, comme tout bon conducteur, sans pour autant être timide. Une fois rassuré quant à la capacité du véhicule à savoir ce qu’il fait, vous pourrez vous détendre et faire autre chose du temps passé à bord, travailler par exemple.

 

"Le plus important est que tout soit prévisible, que l’on puisse savoir quand on a les choses en main et quand c’est le véhicule qui est aux commandes."

"La bonne manière de procéder est de donner la priorité à l’utilisateur plutôt qu’à la technologie"

Il existe différents degrés d’autonomie. Nous avons d’un côté la conduite assistée, qui s’appuie sur les systèmes dont vous pouvez déjà bénéficier dans n’importe quelle Volvo. Tandis qu’à l’autre extrémité du spectre figure ce que l’on appelle l’autonomie de niveau 5, autrement dit la capacité du véhicule à se mouvoir tout seul sur toute route susceptible d’être empruntée par l’homme sans aucune intervention du conducteur.

 

Bien entendu, il faudra du temps pour en arriver là. Mais regardez à quel point le téléphone portable a évolué : il était au départ un produit de luxe qui ne fonctionnait que dans les grandes villes ou les zones densément peuplées. Puis il s’est démocratisé à mesure que la couverture du réseau s’est étendue et que les prix ont chuté, jusqu’à en faire cet appareil omniprésent dont on remarque davantage quand il ne fonctionne pas que quand il fonctionne.

 

Je pense qu’il en ira de même avec l’autonomie totale : elle partira des villes et autres zones où le besoin se fait le plus sentir puis gagnera progressivement le reste du territoire. Au bout du compte, il est fort probable que chaque axe de circulation finisse par être compatible avec la conduite autonome, mais je ne pense pas qu’il faille s’attendre à un big bang ; l’évolution ne se fera pas du jour au lendemain. Ce que nous devons faire, c’est aborder la question sous le bon angle, en donnant la priorité à l’utilisateur plutôt qu’à la technologie.