Design

La naissance d'une conduite parfaite

Volvo crée des voitures aussi agréables à conduire que belles à voir. Parvenir à cet objectif nécessite d'éprouver les limites des voitures, de la chaleur du désert au froid extrême du cercle arctique.

TEXTE DE STEPHEN WORTHY, PHOTO D'ANDREW SHAYLOR

Situé dans le cercle arctique suédois, le centre d'essais hivernaux de Volvo pratique des tests automobiles depuis 30 ans.

L'hiver persistant du nord de la Suède connaît des températures négatives atteignant ou dépassant régulièrement -35 °C. À titre de comparaison, le compartiment congélation d'un réfrigérateur domestique courant est à -18 °C. Et c'est ce froid extrême qui constitue l'environnement parfait pour tester les voitures Volvo.

Situé juste à l'intérieur du cercle arctique, en Laponie suédoise, le centre d'essais hivernaux de Volvo Cars se consacre depuis 30 ans à rendre ses voitures plus agréables à conduire, plus fiables et plus aptes à réagir dans toutes les conditions. Il fait partie d'un réseau mondial d'essais en laboratoire et sur routes ouvertes au sein duquel les experts en dynamique des véhicules de Volvo évaluent, affinent et améliorent le comportement routier des voitures. Sur des dizaines de milliers de kilomètres, durant des milliers d'heures et dans toutes les conditions imaginables, des déserts étouffants des États-Unis à l'Arctique où nous nous trouvons en passant par les routes du nord de l'Europe constellées de nids-de-poule, Volvo Cars ne laisse rien au hasard afin de fabriquer des voitures à toute épreuve. Le siège de Volvo Cars dispose même d'un simulateur de conduite haute technologie, qui permet aux ingénieurs de « conduire » dans n'importe quelles conditions de leur choix sans avoir à quitter le confort de leur atelier. Un exemple de plus de la maîtrise et du souci du détail dont Volvo Cars fait preuve.

Le centre d'essais hivernaux ne figure sur aucune carte. Et pourtant, bien qu'il soit situé aux confins de la civilisation et sacrément difficile à trouver, les ingénieurs Volvo s'y rendent régulièrement depuis leur siège de Göteborg, au cours d'un périple fait de nombreux vols et de milliers de kilomètres de conduite.

Nous sommes à la mi-mars. L'obscurité quasi permanente de l'hiver arctique perd sa bataille annuelle face à la lumière du jour, mais la neige est partout. Ici, cette époque de l'année est appelée « la cinquième saison » : pas encore le printemps mais plus tout à fait l'hiver, bien que la buée que nous expirons suggère le contraire. Des arbres qui semblent se dresser à l'infini le long des routes nous font des génuflexions de leurs branches ployant sous la neige. On croirait conduire sur une immense piste de luge.

À notre arrivée au site d'essais, pas de signe visuel de Volvo, pas d'accueil en fanfare ; nous franchissons une barrière de sécurité sans prétention avant d'emprunter un réseau d'artères de glace menant à l'atelier d'essais de Volvo Cars. Une chambre verte rectangulaire cachée derrière une clôture de sécurité haute de trois mètres, voilà le moteur des activités qui se déroulent ici. Toute une flotte de voitures, nombreuses à porter l'uniforme reconnaissable des véhicules d'essai (un camouflage zébré noir et blanc), sont alignées dehors. À l'intérieur, cependant, l'atmosphère est chaleureuse, calme et studieuse. Un essaim de voitures zébrées nous entoure. Nombre d'entre elles sont sur des ponts. Des mécaniciens s'affairent à proximité. Certains ont la tête dans le capot, d'autres analysent des flux de données sur leurs ordinateurs. Quoi qu'il y paraisse, nous ne nous trouvons pas dans n'importe quel laboratoire d'essais automobiles au monde. Nous sommes à une latitude de 66°N, 5° plus au nord qu'Anchorage, en Alaska.

Dans l'un des bureaux au décor sobre de l'atelier apparaît Roger Wallgren, responsable des attributs en dynamique des véhicules. Son équipe et lui sont chargés du développement et du réglage fin des châssis : ils développent le « caractère » de conduite de toutes les nouvelles Volvo. Alors que nous discutons, un chauffeur-livreur dépose un colis contenant des pièces pour suspension de conception et de fabrication récente, que Roger a commandées pour les installer sur une voiture de test. Nous devons être à des dizaines de kilomètres de la bourgade la plus proche, mais la vraie qualité impose cet approvisionnement.

Roger enfile un chapeau en laine et une épaisse veste thermique. Nous sortons conduire des voitures. Cela n'a vraiment rien d'une journée normale dans un bureau. On rencontre, derrière les murs de cet atelier, les conditions les plus extrêmes en matière d'essais automobiles. Sur des milliers d'hectares de paysage arctique spectaculaire, s'étend un réseau de pistes d'essai sur glace : lignes droites à grande vitesse, passages hors-piste, anneaux glissants et petites boucles.

« Il s'agit de viser la prédictibilité, et ce sentiment de confiance, de constance et de contrôlabilité »

ROGER WALLGREN

Responsable des attributs, Dynamique des véhicules, Volvo Cars

Ici, Roger et ses collaborateurs mettent les voitures de test à l'épreuve en relevant la réaction de chacune au revêtement routier, à la température, à la vitesse et au braquage. Pour que la moindre donnée soit collectée et interprétée, chaque voiture est connectée à un PC portable fixé par un support à la console centrale. On s'en doute, il y a une raison à cela. Les conditions sont aussi extrêmes que la manière dont Roger conduit ces voitures afin d'obtenir le meilleur résultat possible. Un PC portable qui vole peut causer d'importants dégâts.

Occupant la place du passager, j'accompagne Roger qui zigzague sur une ligne droite gelée dont la surface est comme labourée, sillonnée de longues et profondes ornières. Par une série de petits braquages secs, enchaînant les freinages et les accélérations avec agilité, il pousse la XC 60 à transmission intégrale dans ses retranchements. Bien qu'il s'emploie à la rudoyer, lui et la voiture semblent sereins et sous contrôle. Qu'est-ce que Roger recherche donc ici ? « Il s'agit d'obtenir ce sentiment de confiance », explique-t-il tout en faisant décoller des gerbes de neige sur notre passage. « Vous mettez une voiture à l'essai en exerçant différents types d'actions sur la direction (brèves, progressivement plus fortes) pour voir si elle réagit comme vous vous y attendez. Il s'agit de prédictibilité, et de ce sentiment de confiance, de constance, de contrôlabilité. Une voiture doit offrir du répondant au conducteur, pour qu'il puisse ressentir ce qui se passe. »

« Ici, la confiance que le conducteur ressentira au volant constitue la finalité », explique Roger. « Quand une voiture est au bord de la perte d'adhérence, son contrôle est-il facile et souple, ou bien brusque ? Nous le voulons prévisible et facile à contrôler. Une telle voiture n'est pas faite pour l'hiver ou pour l'été seulement : elle doit être performante en toutes circonstances. »

Le lendemain, nous commençons tôt. La température, générée artificiellement, est de -31 °C. Nous sommes à l'intérieur d'un conteneur réfrigéré. À la fois garage et chambre froide industrielle, il permet aux ingénieurs de Volvo Cars de reproduire les conditions extrêmes d'un démarrage « à froid ». Au bout de 10 minutes là-dedans, vos cuisses vous rappellent un morceau de gibier froid et chaque respiration vous traverse les poumons comme si vous avaliez des stalactites. Une nouvelle Volvo 316 y a été enfermée toute la nuit. À l'ouverture des portes de la chambre froide, une fois la voiture dans la douceur de l'air extérieur (2 °C semblent suffocants, en comparaison) sous le soleil matinal, la condensation en surface forme des nuages de brume. Il reste maintenant une demi-heure pour sortir la voiture sur les routes d'essai et tirer le meilleur parti de sa température abaissée. Toute l'hydraulique fonctionne-t-elle correctement ? Direction ? Électronique ? La voiture démarre-t-elle à la première tentative ? La réponse est oui. Cette voiture a l'étoffe pour aller partout.

Roger est profondément concentré lors de la conduite. On pourrait presque voir son propre ordinateur interne réaliser de petits calculs. « Dans mon travail, j'aime résoudre des problèmes et concevoir », nous confie-t-il. « Ce que nous faisons ici consiste à allier nos dernières avancées technologiques automobiles au savoir-faire, à l'expertise et à l'expérience des ingénieurs de Volvo Cars, qui adorent tous conduire. Ce point de rencontre entre l'art et la science nous permet de proposer une expérience de conduite aussi naturelle et gratifiante. »

C'est cette combinaison d'une attention extrême portée aux détails, d'une contribution humaine experte et de l'innovation technologique qui se trouve au cœur de cette nouvelle génération Volvo Cars. Un gage ultime de qualité.