« Nous plaçons l’être humain au premier plan, pas la technologie »

Erik Coelingh, Responsable technique senior des technologies d’aide à la conduite et de sécurité, explique pourquoi Volvo Cars développe des véhicules autonomes.

En quoi l’approche des véhicules autonomes adoptée par Volvo Cars est-elle si unique ?

Parce que nous ne l’adoptons pas uniquement pour démontrer notre savoir-faire technologique. Nous prenons l’utilisateur comme point de départ et cherchons à comprendre comment faire de la conduite autonome un atout pour nos clients comme pour la société en général ; nous cherchons à créer un système de transport à la fois plus sûr, plus respectueux de l’environnement et capable de réduire les embouteillages.

L’autre aspect de cette singularité est notre approche : nous n’envisageons pas de mettre en circulation des concept cars clinquants, mais d’intégrer cette technologie et ses atouts au monde réel dans le cadre du programme Drive Me. Nous devons donc répondre à toutes les questions susceptibles de se poser sur de vraies routes et résoudre tous les problèmes pratiques. Nous entendons être des pionniers, c’est en cela que nous nous distinguons des autres constructeurs.

Technologiquement parlant, qu’elle est la différence avec les voitures autonomes développées par les autres constructeurs ?

Les composants et les sous-systèmes sont les mêmes. Toute la différence réside dans l’intégration, dans la conception du logiciel.

Entreprise relativement petite par rapport aux autres constructeurs, nous ne disposons pas d'activité de recherche distincte. C'est un de nos atouts majeurs. Toute notre R&D se concentre au sein d'une même entité, ce qui nous permet de concrétiser très rapidement une idée en produit. Nous en avons fait la démonstration avec nos technologies de sécurité active. Nous sommes même les premiers à équiper nos véhicules d'une technologie innovante dans ce domaine.

Le leadership de Volvo en matière de sécurité inspirera-t-il davantage de confiance à l'égard des Volvo autonomes ?

Je pense que la conduite autonome et la marque Volvo Cars vont très bien ensemble. Car nous plaçons l’être humain au premier plan, pas la technologie. Nous voulons que l'utilisateur soit serein, qu'il ait confiance dans la technologie afin de pouvoir profiter au mieux de chaque trajet.

Peut-on réellement avoir confiance dans la technologie ?

Il est indispensable de faire confiance à un véhicule autonome, sinon cela n’a aucun sens. Nous avons déployé des efforts considérables pour comprendre comment inspirer cette confiance. Nous n’avons pas encore toutes les réponses, mais il s’agit de fournir au conducteur la bonne quantité d’informations, de pouvoir prédire ce que le véhicule va faire et de confirmer qu’il a détecté des dangers potentiels. Il est également important que le véhicule se comporte de manière fluide et prévisible.

Je prends souvent pour exemple les turbulences en avion. En entrant dans une zone de turbulences en avion, tous les passagers lèvent les yeux et se demandent ce qui se passe. En revanche, s’ils ont été prévenus par le pilote, ils ne réagissent même pas.

Que se passerait-il en cas de panne ?

C’est l’un des points fondamentaux à résoudre lorsque l’on conçoit et construit un véhicule autonome. La solution sur laquelle nous travaillons est celle d’un système 100 % redondant. Cela signifie que la technologie continue de fonctionner en cas de défaillance d’une pièce. C'est pourquoi presque tous nos systèmes reposent sur deux pièces ou deux logiciels. En cas de panne de l’un(e), l’autre prendra le relais. Les ordinateurs, capteurs et autres sources d’énergie sont donc à l’abri.

Ces pannes ne devraient d’ailleurs pas se produire, mais aussi faible soit-il, c’est un risque que nous ne pouvons pas prendre. Nous avons listé tout ce qui pourrait aller de travers et quelles en seraient les conséquences. Puis nous avons intégré cette redondance dans le système.

Comment le véhicule reconnaît-il un problème ?

Le logiciel doit se contrôler lui-même. Le véhicule intègre plusieurs programmes, qui sont capables de détecter si un capteur est bloqué ou si un actionneur ne répond pas, par exemple.

Les ordinateurs placés dans différentes parties du véhicule se contrôlent les uns les autres. Dès qu’un défaut est détecté, le véhicule opte pour la solution de secours.

Comment gérer la présence des autres usagers de la route, par nature imprévisibles ?

C’est l’une des questions auxquelles le projet Drive Me devrait nous aider à répondre. Nous gérons l’incertitude en optant systématiquement pour l’approche la plus sûre et la plus conventionnelle. Le véhicule ne pourra conduire en mode autonome que s’il dispose de toutes les informations nécessaires. Si l’incertitude est trop grande, le véhicule ralentira ou demandera au conducteur de reprendre le volant.

Que fera le véhicule s’il doit choisir entre différents dangers (autre voiture, piétons, sortie de route, etc.) ?

La clé, pour un véhicule autonome, consiste à ne pas se mettre dans une telle situation. Par exemple, il choisira toujours une bonne distance de sécurité, au moins aussi importante que la distance nécessaire au freinage. En cas d’incertitude s’il se trouve dans l’impossibilité de mesurer un paramètre, le véhicule ralentira. Prenons le cas d’un véhicule stationné en bord de route et empêchant les capteurs de voir au-delà : le véhicule autonome ralentira ou changera de file pour conserver une marge de sécurité.

Les véhicules autonomes respecteront les règles de circulation. Ils resteront sur leur voie et freineront aussi fort que nécessaire pour éviter une collision mais ne réaliseront aucune manœuvre d’évitement violente et imprévisible susceptible de créer un danger supplémentaire.

Le cloud jouera, dans tous les cas, un rôle prépondérant. Tous les constructeurs disposeront-ils de leur propre cloud ou existera-t-il un cloud commun ?

Chaque constructeur disposera de son propre cloud par souci de fiabilité, de sécurité et de confidentialité des données. Ce qui n’empêchera pas certains constructeurs d’interagir entre eux pour échanger des éléments d’information prédéfinis et convenus au préalable. Il existera aussi des clouds publics mis en place par les autorités en charge des transports. Ils hébergeront des informations sur les fermetures de voies, les véhicules de secours, la météo et ainsi de suite.

Que se passera-t-il en cas de perte de la connexion Internet ?

La conduite autonome ne sera possible que si le cloud Volvo envoie un signal d’approbation. Ce signal sera ensuite renouvelé, par exemple toutes les minutes. En l’absence de signal ou en cas de signal négatif, le véhicule invitera le conducteur à reprendre le volant. Et si le conducteur ne reprend pas le volant, le véhicule s’arrêtera en lieu sûr.

La communication entre véhicules est-elle nécessaire ?

Les véhicules autonomes n’auront pas besoin de communiquer directement les uns avec les autres. S’ils le devaient, nous ne pourrions pas lancer les véhicules autonomes dans la mesure où la plupart des véhicules en circulation ne sont pas autonomes. Cela pourrait être utile, mais nous pouvons faire sans.

Quels travaux seront nécessaires pour intégrer la conduite autonome dans les infrastructures de transport et la société ?

Les véhicules autonomes seront mis en circulation sur les routes telles qu’on les connaît aujourd’hui. Aucune modification des infrastructures n'est nécessaire.

Demain, quand il y aura de nombreux véhicules autonomes en circulation, il est possible qu’il faille repenser les infrastructures pour en tirer le meilleur parti. Mais les véhicules sont la priorité.

D’autres aspects pratiques devront évoluer avant que les véhicules autonomes puissent devenir une réalité, à commencer par le Code de la route et l’agrément des véhicules.

Les conducteurs traiteront-ils les véhicules autonomes différemment ?

Nous ignorons encore comment les utilisateurs se comporteront vis-à-vis de la conduite autonome ou quelle interface utilisateur est la plus adaptée. Nous comptons sur le programme Drive Me pour nous éclairer sur ces points et en savoir plus sur les interactions homme-machine dans la vraie vie.

Ce que nous souhaitons écarter en priorité, c’est le scénario que nous appelons la « confusion des modes » dans lequel l’homme penserait que le véhicule conduit et vice-versa Cela se traduirait par un véhicule en roue libre, ce que nous voulons éviter à tout prix.

Qu’en est-il des conditions de circulation, de la météo et de tous ces facteurs aléatoires ? Pouvez-vous prendre en compte toutes ces variantes ?

Dans des conditions climatiques extrêmes, comme une tempête de neige, la conduite autonome ne sera pas possible.

Y a-t-il des points communs avec le pilotage automatique des avions ?

Oui, les systèmes redondants – c’est-à-dire les composants essentiels pour la sécurité qui sont doublés voire triplés – ou la fonction d’arrêt sécurisé. La seule différence, c’est que pour les avions, ces systèmes sont conçus pour leur permettre de continuer à voler.

Quel est le plus grand défi que la conduite autonome doit relever ?

Le plus grand défi consiste à rendre la technologie si fiable qu’elle permette au conducteur de faire autre chose que conduire, en toute sécurité.

Cela dit, nous ignorons encore quels défis pourraient apparaître lors de nos essais en conditions réelles. C’est la raison pour laquelle le projet Drive Me revêt une telle importance. Sur le papier, nous prévoyons un accroissement de la sécurité, des économies de carburant, etc. Il ne nous reste qu’à entrer en phase d’essais. Et Drive Me nous dira si les avantages théoriques se matérialiseront comme prévu.

Plusieurs constructeurs ont présenté des véhicules autonomes ces dernières années. Ces véhicules sont-ils prêts à être mis en circulation ?

Il y a une différence énorme entre la présentation d'un véhicule sous forme de concept car et la construction d'un véritable produit. Vous n’avez pas besoin d’une technologie de secours pour une démonstration. Or si vous placez des conducteurs en chair et en os au volant, les exigences sont loin d’être les mêmes.

Quand les véhicules 100 % autonomes seront-ils commercialisés ?

Les premiers vrais clients prendront le volant de véhicules autonomes en 2017, dans le cadre du programme Drive Me.

Ensuite, je pense que les choses avanceront relativement lentement et que les premiers véhicules autonomes ne seront sur le marché qu’après 2020.

Cela s’explique par la nécessité de prouver que les véhicules autonomes apportent toutes les garanties de sécurité nécessaires dans l’environnement dans lequel ils seront utilisés. Nous mettrons tout en œuvre pour démontrer que les véhicules Drive Me sont sûrs à Göteborg, ce qui ne signifiera pas nécessairement qu’ils le seront aussi dans une ville comme Londres. Il peut parfaitement se produire dans la capitale britannique des situations exceptionnelles et inédites.

Il faudra procéder à des vérifications partout où les conducteurs iront en voiture car les écarts en matière d’infrastructures, de météo et de comportements au volant peuvent être considérables d’un bout à l’autre du globe.